Depuis son premier long-métrage Chocolat (1988), inspiré de son enfance en Afrique, la réalisatrice Claire Denis est devenue une figure majeure du septième art. Libre, sensible et politique, son cinéma interroge les héritages coloniaux, les identités et la complexité des relations. Son œuvre comprend seize longs-métrages de fiction, dont Nénette et Boni (1996), Beau Travail (1999), White Material (2009), High Life (2018), et Stars at Noon (2022).
Claire Denis est invitée pour l'année 2026-2027 sur la chaire annuelle Cinéma, créée en partenariat avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Interrogée sur ses débuts, la réalisatrice confie que devenir cinéaste n'était pas une évidence. Ayant grandi en Afrique, loin de cet univers, elle a découvert le cinéma tardivement, le considérant comme une expérience magique. C'est en arrivant en France à l'adolescence et grâce au ciné-club de son lycée qu'elle a pu approfondir sa passion. Malgré une certaine hésitation et une culture cinématographique qu'elle jugeait pauvre, elle a tenté le concours d'entrée de l'IDHEC (aujourd'hui La Fémis), y étant admise par surprise.
Après sa formation à l'IDHEC, refondée après Mai 68, Claire Denis a travaillé comme assistante réalisatrice, collaborant avec des metteurs en scène tels que Jacques Rivette et Wim Wenders. Elle a toujours tenu à ce que ses projets de films se déroulent en Afrique, un choix qui n'a pas toujours été facile à faire accepter par les producteurs, mais qui était essentiel pour elle, liée à ses souvenirs d'enfance et à la fin de la colonisation.
Son premier film, Chocolat (1988), fut très remarqué, lui ouvrant les portes du cinéma. Claire Denis souligne que faire des films est une passion, une « vie », plutôt qu'un métier ou une carrière. Elle a toujours été soutenue par des producteurs qui croyaient en ses scénarios originaux, même face aux difficultés de production.
La réalisatrice évoque également ses collaborations fidèles, notamment avec la directrice de la photographie Agnès Godard, rencontrée à l'IDHEC, et le scénariste Jean-Pol Fargeau, avec qui elle a développé une méthode de travail intense et partagée.
Interrogée sur la présence de la violence dans ses films (coloniale, raciste, faite aux femmes), Claire Denis répond que c'est le reflet de ce qu'elle observe dans la vie. Elle montre cette violence non pas comme un moyen de séduction spectaculaire, mais comme une composante inhérente au monde qu'elle souhaite exprimer dans son cinéma.
Concernant le titre de sa leçon inaugurale, « Faire mieux », elle explique que cela représente une mécanique intérieure qui pousse à dépasser le film précédent. Pour elle, faire un film doit être une cristallisation personnelle, une nécessité qui la pousse à aller au-delà.




