Les publications scientifiques jouent un rôle crucial dans l'innovation industrielle, mais toutes les entreprises n'ont pas le même accès à ces connaissances. Une étude récente, publiée dans la revue Scientometrics, a examiné près de 500 000 brevets déposés auprès de l'Office américain des brevets et des marques (USPTO) pour analyser cette circulation des savoirs.
Les brevets, qui confèrent un droit exclusif sur une invention en échange de sa description publique, peuvent citer des travaux scientifiques. Les chercheurs ont retenu les références introduites par les inventeurs eux-mêmes dans le corps du texte, considérées comme plus représentatives des connaissances mobilisées.
L'étude s'est concentrée sur le libre accès aux publications scientifiques, qui permet de consulter un article sans abonnement. Bien que les articles non-libres accès restent majoritaires dans les références des brevets, une analyse comparative par discipline révèle une surreprésentation significative des publications en libre accès.
Une fois les différences entre disciplines prises en compte, les publications en libre accès sont en moyenne 38 % plus présentes dans les références des brevets que leur fréquence dans la littérature scientifique ne le laisserait prévoir. Cela suggère que les inventeurs citent proportionnellement davantage les travaux accessibles librement.
La prise en compte de plateformes comme Sci-Hub augmente à 85 % la proportion d'articles scientifiques accessibles sans paiement dans les brevets. Cependant, l'étude distingue l'ouverture autorisée des publications de leur mise à disposition pirate, soulignant que l'accessibilité facilite la mobilisation des connaissances pour les entreprises.
Les domaines de la biologie, de la chimie et de la médecine, notamment les biotechnologies et les produits pharmaceutiques, montrent une forte dépendance vis-à-vis des publications scientifiques dans leurs brevets. À l'inverse, les secteurs liés à l'outillage citent moins souvent la science, privilégiant l'amélioration progressive et le savoir-faire technique.
Pour favoriser la circulation des connaissances, l'étude préconise de lier les politiques de publication scientifique et d'innovation. Cela inclut le renforcement de l'accès ouvert aux recherches financées publiquement, le soutien aux infrastructures de diffusion, et le financement de projets communs entre entreprises et chercheurs, comme les conventions Cifre en France ou les Knowledge Transfer Partnerships au Royaume-Uni.
Enfin, la question du partage des bénéfices de l'innovation est soulevée. Des pistes comme la participation aux bénéfices ou au capital des entreprises innovantes, ou le réinvestissement des revenus issus des brevets par les établissements publics, sont évoquées pour que la collectivité profite du succès des inventions issues de la recherche publique.




