Dans une publication récente dans la revue Nature, un consortium international de chercheurs, comprenant des membres du Paris Institute for Transplantation and Organ Regeneration (PITOR) – Université Paris Cité/Inserm/AP-HP –, de la University of Maryland School of Medicine, de la University of Alberta et du NYU Langone Health, analyse les enseignements des premières xénotransplantations cliniques d'organes porcins (reins, cœurs, foies, poumons). Ils proposent une nouvelle stratégie pour surveiller et prévenir le rejet des greffons porcins chez l'humain.
Face à la pénurie mondiale d'organes, les avancées en édition génomique ont permis de créer des porcs génétiquement modifiés dont les organes échappent largement au système immunitaire humain. Depuis 2021, plusieurs xénotransplantations réussies ont été réalisées, démontrant que le rejet hyperaigu, obstacle majeur, peut être surmonté. La survie des greffons, variant de quelques jours à près de neuf mois, prouve la viabilité de cette approche.
Cependant, ces succès ont révélé de nouvelles formes de lésions immunitaires du greffon, souvent invisibles aux méthodes de surveillance conventionnelles. L'article de Nature, intitulé "Multimodal precision diagnostics in clinical xenotransplantation", souligne l'importance de l'intégration d'approches diagnostiques de précision pour identifier ces mécanismes cachés de rejet et d'atteinte du greffon plus tôt et avec une plus grande exactitude.
« Le domaine a franchi une étape historique en démontrant que des organes porcins génétiquement modifiés peuvent fonctionner chez l’être humain », déclare Alexandre Loupy, directeur de PITOR. « Le prochain défi consiste à détecter suffisamment tôt les phénomènes de rejet et les lésions du greffon pour pouvoir intervenir efficacement. Le diagnostic de précision pourrait être l’élément manquant permettant à la xénotransplantation de devenir une thérapie accessible à grande échelle. »
Les approches diagnostiques multimodales ont permis de détecter une activation persistante de l’immunité innée, des épisodes précoces de rejet médié par les anticorps humains, des lésions causées par le complément, ainsi que des signatures moléculaires permettant de distinguer le rejet immunologique des lésions d’ischémie-reperfusion. Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles cibles thérapeutiques.
« Plusieurs des découvertes les plus importantes issues des premières xénotransplantations humaines proviennent de plateformes diagnostiques avancées », explique Raphael P. H. Meier, co-premier auteur de l’étude. « Cela suggère que l’avenir de la xénotransplantation dépendra de notre capacité à intégrer différentes sources d’information biologique dans un cadre clinique unifié. »
Les auteurs proposent une stratégie en quatre piliers : la création de bases de données internationales, une surveillance continue et non invasive des patients, des techniques de diagnostic tissulaire combinant histopathologie et profilage moléculaire, et des plateformes de recherche avancées intégrant l’intelligence artificielle. Ces outils visent à identifier en temps réel les mécanismes de lésions du greffon et à adapter les traitements.
« La question n’est plus de savoir si les organes porcins peuvent fonctionner chez l’humain », conclut Erwan Morgand, co-premier auteur de l’étude. « Le véritable défi est désormais de comprendre pourquoi les greffes finissent par échouer et comment intervenir avant que les lésions ne deviennent irréversibles. Les outils de diagnostic de précision offrent une voie concrète pour y parvenir. »
La xénotransplantation, qui consiste à transplanter des cellules, tissus ou organes d’une espèce à une autre, pourrait offrir une solution durable à la pénurie d'organes. Les premiers essais cliniques de transplantation rénale à partir de porcs génétiquement modifiés ont reçu l'autorisation de la FDA américaine en 2025.




