“"L’an dernier, ma prof de français a été absente toute l’année et n’a jamais été remplacée. J’ai dû réviser mon bac en demandant les cours à des camarades. Comment fait-on si l’on n’a personne pour nous aider ? Le ministre veut sanctionner chaque faute d’orthographe, mais sans professeur pour nous corriger, nous sommes condamnés à l’échec. On accumule du retard, on nous envoie vers France Travail, puis on accuse les jeunes de banlieue de ne chercher que les aides sociales. Pourtant, c’est à l’État de nous garantir un avenir. Je refuse Parcoursup, qui nous pénalise à la moindre absence liée à la santé. En Belgique, ce système n’existe pas et chacun trouve sa place à l’université. Et que dire de l’état de notre lycée ? Nous étudions au milieu des cafards, le plafond s’effondre après des inondations et les toilettes n’ont ni portes fonctionnelles ni protections hygiéniques. L’infirmière et l’assistante sociale sont perpétuellement absentes. Nos blocages ne sont pas de la triche pour sécher les cours, c’est une lutte pour notre dignité et celle de tous les lycées populaires."
“"La municipalité apporte un soutien absolu aux revendications des lycéens, qui sont d’une légitimité incontestable. J’ai moi-même fréquenté le lycée Jacques-Brel, d’abord comme élève puis en tant qu’assistant d’éducation : je constate que la situation n’a fait que s’aggraver. Dans un État de droit où l’instruction est obligatoire jusqu’à 16 ans, il est tout simplement inacceptable que des jeunes révisent dans des salles à 6 °C ou subissent des pénuries répétées de professeurs. L’État et la Région Île-de-France doivent enfin prendre leurs responsabilités et aligner les moyens financiers et humains sur les besoins réels. Le plan d’urgence pour la Seine-Saint-Denis, pourtant promis en grande pompe dès 2018 par le gouvernement, est resté une coquille vide. Les derniers rapports Pisa le confirment : le désengagement dans les quartiers populaires nuit gravement à l’égalité des chances. Nous restons aux côtés des élèves pour que leurs conditions d’études deviennent dignes."
“"Nous partageons pleinement les revendications des élèves. La réforme Blanquer et Parcoursup ont désorganisé la scolarité, imposant des emplois du temps absurdes de 8h à 18h. En seconde, les effectifs dépassent 30 élèves par classe, alors que nos collégiens sortent de réseaux REP+. Ils arrivent au lycée et l’État fait comme s’ils n’avaient plus besoin d’accompagnement spécifique. Nous devons batailler par nos propres moyens pour maintenir des classes de première acceptables. La colère qui s’exprime aujourd’hui part des quartiers populaires, historiquement délaissés par les politiques publiques. Face à cette détresse légitime, le gouvernement a fait le choix regrettable de la répression et du recours systématique aux forces de l’ordre. Les scènes de violence subies par les jeunes, comme ce lycéen mutilé à Tours, révoltent l’ensemble du corps enseignant. Notre mission d’éducateurs est de former des citoyens émancipés, capables de se mobiliser. La jeunesse devrait avoir le droit de grève."




