Emma Laristan anime un stage de jeu théâtral au Conservatoire de Paris
Des élèves du 19e arrondissement travaillent des scènes de "Le Tartuffe" avec l'ancienne académicienne de la Comédie-Française.
Par Claire Vasseur
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Image générique d'élèves en stage de théâtre.
Une vingtaine de jeunes comédiens et comédiennes du Conservatoire municipal Jacques Ibert, dans le 19e arrondissement de Paris, suivent actuellement un stage intensif de trois jours dirigé par l'actrice Emma Laristan, ancienne académicienne de la Comédie-Française. Ce stage, axé sur le travail de scènes du "Tartuffe" d'Ivo Van Hove, est soutenu par La Villette et Isabelle Mestre, enseignante au Conservatoire.
Fin mai, dans la salle N6 de La Villette, une vingtaine de jeunes acteurs et actrices s'échauffent au sol, sous la conduite de l'une d'entre eux. À proximité, la façade de la Grande Halle affiche "Le Tartuffe ou l’Hypocrite" d'Ivo Van Hove, une pièce que les élèves avaient vue quelques jours plus tôt. C'est cette œuvre que Emma Laristan, actrice et ancienne académicienne de la Comédie-Française, leur propose d'explorer durant ce stage de trois jours. Ce projet, fruit d'un partenariat avec la Comédie-Française et La Villette, bénéficie du soutien d'Isabelle Mestre, enseignante au Conservatoire. Dans le cadre de cette initiative, les élèves ont également travaillé avec la chorégraphe Emanuelle Soum et rencontré un régisseur de la Grande Halle.
En amont du stage, Emma Laristan avait demandé aux élèves de choisir un partenaire de jeu et de préparer une scène spécifique (acte III, scène 3 ou acte IV, scène 4) comme s'ils allaient la jouer devant un public. La majorité a opté pour la scène 3 de l'acte III, celle où Tartuffe déclare sa flamme à Elmire. Cette scène, plus longue que le format habituel des concours d'entrée aux écoles d'art dramatique, offre, selon l'actrice, une « véritable traversée de personnage » et « oblige à faire des choix ».
Après deux jours de travail et d'échanges sur le sens de la pièce de Molière et la version d'Ivo Van Hove, les élèves présentent leurs scènes. Les interprétations varient considérablement, comme en témoigne la tirade de Tartuffe, "pour être dévot, je n’en suis pas moins homme", portée différemment par Valentin (sensuel), Mila (raisonneuse) ou Milo (fétichiste inquiétant).
Emma Laristan encourage toutes les approches, soulignant qu'il n'y a « pas de faux ou de vrai, il y a autant de possibilités d’explorer cette scène qu’il y a d’acteurs dans cette salle ». Après leur première présentation, elle les guide sur leurs choix, les invitant à réfléchir à leur préparation : « Comment avez-vous travaillé cette scène ? »
Thaïs et Valentin ont établi un parallèle avec "Phèdre", mais l'idée s'est un peu diluée. Le jeune homme a créé pour son Tartuffe une ceinture de chasteté en gros scotch, dont Elmire détiendrait la clé, une proposition qui manque de lisibilité. Emma Laristan souligne souvent un manque de préparation concernant la narration : « Il faut être précis sur qui est là, pourquoi j’entre, quels sont mes objectifs, quelle est la relation entre les deux personnages, dans quel espace ça se déroule ». Elle a parfois déplacé les élèves dans des lieux incongrus pour leur montrer comment la prise de parole pouvait être modifiée.
Mila a choisi d'explorer le côté faux dévot, tandis que sa partenaire Loup adopte un registre différent, illustrant le fait que « deux actrices qui n’ont pas du tout le même projet ». Emma Laristan propose alors un nouveau postulat, transformant une scène initialement bancale en une séquence comique réussie, jouée de part et d'autre d'un confessionnal imaginaire, improvisé avec une table renversée.
Les élèves, âgés de 19 à 25 ans, bénéficient de cette pratique intensive. Thaïs, 21 ans, étudiante en études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle, trouve ce travail sur une même scène très profitable. Inès, 20 ans, en troisième année, pratique théâtre, musique et danse depuis l'âge de 6 ans.
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"On ne joue pas du tout pareil si on est dans une chambre, au cimetière ou entre deux portes… Je les ai déplacés parfois dans des endroits incongrus pour qu’ils et elles voient comment la prise de parole peut être changée."
Isabelle Mestre anime des classes ouvertes, mélangeant les cycles et travaillant en troupe pour plus d'intérêt. Elle organise ces stages avec La Villette pour offrir aux étudiants une approche scénique différente, une pratique rare et appréciée dans les conservatoires d'arrondissement.
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"Je les trouve vraiment au travail, ils sont à l’écoute, curieux, ce qui est la qualité première d’un acteur."
Actrice bilingue formée en Angleterre, où elle note « moins de phénomène de star et plus d’artisanat de troupe », Emma Laristan partage ses conseils : « travailler ses enjeux, se parler beaucoup. Les acteurs ne préparent pas assez ensemble. Votre partenaire est vraiment là pour vous sortir de vous ». Elle insiste sur l'importance de l'autre dans sa méthode et encourage les élèves à construire leur propre « boîte à outils ».
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"Souvent, je pointe un manque de préparation à l’endroit de ce qu’on se raconte. Il faut être précis sur qui est là, pourquoi j’entre, quels sont mes objectifs, quelle est la relation entre les deux personnages, dans quel espace ça se déroule : on ne joue pas du tout pareil si on est dans une chambre, au cimetière ou entre deux portes…je les ai déplacés parfois dans des endroits incongrus pour qu’ils et elles voient comment la prise de parole peut être changée."
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"travailler ses enjeux, se parler beaucoup. Les acteurs ne préparent pas assez ensemble. Votre partenaire est vraiment là pour vous sortir de vous."
Photos : Joseph Banderet. Textes : Vincent Théval. La Fondation Malakoff Humanis Handicap soutient les projets d’accessibilité à La Villette.
Information rédigée à partir de la source officielle : La Villette (EPPGHV) (21/10/2026)