Projet FAR : L'art et la science réinventent les futurs de Plaine Commune

Des habitants imaginent la renaturation du territoire à travers des récits artistiques et des ateliers prospectifs.

Paysage urbain renaturé et verdoyant en Île-de-France, avec des éléments de nature intégrés à la ville.
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Paysage urbain renaturé et verdoyant en Île-de-France, avec des éléments de nature intégrés à la ville.

Face à l'urgence climatique, le projet FAR, mené par des étudiants, artistes et scientifiques, invite les habitants de Plaine Commune à imaginer collectivement les futurs possibles de la renaturation urbaine.

Face à l'urgence de renaturer la ville et aux canicules estivales, le projet FAR (Fictions d'Anticipations de Renaturation), piloté par Joffrey Lavigne, étudiant au Muséum national d'Histoire naturelle, explore avec les habitants de Plaine Commune les futurs possibles du territoire. Ce projet, soutenu par l'Agence Régionale Biodiversité idF, un collectif d'artistes et des scientifiques, croise arts, sciences et imaginaires pour repenser l'écologie urbaine.
Lancé en 2024, le projet FAR propose une approche sensible des futurs territoriaux. Il utilise la science-fiction et les arts pour questionner les politiques d'aménagement. "L'idée avec FAR est de proposer, par des ateliers avec les habitants, des réalités et futurs alternatifs, traiter d'enjeux très contemporains comme les questions de dépollution, de réchauffement climatique par un exercice de pensée", explique Joffrey Lavigne, doctorant au Centre d'Écologie et des Sciences de la Conservation (CESCO). Ces imaginaires sont ensuite mis en scène et en image pour alimenter la recherche et le débat.
Financé par le programme ERABLE, qui accompagne les collectivités locales dans la mise en récit de la biodiversité, le projet s'inscrit dans la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030. Il vise à produire de la connaissance par le dialogue entre sciences sociales et sciences du vivant. "Avec FAR, on ne fait pas de la concertation proprement dit. Je pense qu'il y a une dimension politique dans la fiction. Penser le futur est une compétence comme une autre, elle invite à se projeter dans l'avenir, ce qui permet d'anticiper, de s'adapter…un exercice de projection parfois plus familier pour les CSP +, or il y a l'idée de pouvoir rassembler dans ces ateliers différents types de publics pour développer ensemble ces imaginaires collectifs", précise Lavigne.
Depuis le début de l'année 2025, Joffrey Lavigne et un collectif d'artistes (graphistes, designers, auteur.e.s, paysagistes, comédiens, artistes plasticiens) ont organisé 45 ateliers dans les neuf villes de Plaine Commune. Ces ateliers ludiques, animés par des cartes et des "génies", visent à explorer des thématiques comme la mémoire environnementale, les craintes actuelles (espèces nuisibles, pollution) et les souhaits pour l'avenir (revoir les étoiles, entendre le chant des oiseaux).
Les idées et projections des participants prennent vie à travers des récits variés : dispositifs pour écouter les cours d'eau enterrés, jardins flottants, téléphérique géant en lieu et place de l'A86 pour renaturer l'ancienne autoroute, ou encore arbres à souhait géants. "Il y a beaucoup de choses de l'ordre de l'onirique, parfois du dystopique aussi, comme l'idée d'oiseaux artificiels qui serviraient de drones de surveillance…", se souvient Joffrey. Ces contenus fictionnels sont analysés par des chercheuses comme Aurélie Coulon, Cécile Albert et Camille Antigny.
Les illustrations de l'artiste-paysagiste Clémence Mathieu, extraites des récits, composeront une exposition itinérante qui débutera en décembre prochain. Un travail d'écriture et des représentations théâtrales avec le Théâtre de l'Opprimé sont également prévus.
Face aux records de chaleur estivaux, la fiction d'anticipation du projet FAR permet de capter le ressenti des habitants. "La question du réchauffement climatique est partout, sans qu'on l'aborde de manière frontale. Il y a des récurrences sur le besoin de fraîcheur et de l'absence d'eau", explique Joffrey. Les propositions incluent des jardins de pluie, des barrages pour alimenter des canaux, et une réflexion sur un autre rapport à l'eau. Le projet critique également la bétonisation, exprimant un besoin de respirer et un sentiment d'étouffement visuel.
Le projet FAR, qui se terminera au printemps 2027, ambitionne de rendre compte de ces représentations et d'imaginer des futurs alternatifs. "Comment créer une brèche suffisamment grande dans le présent pour que plusieurs futurs puissent y rentrer", conclut Lavigne.
Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine 2026, le 19 septembre dernier, le projet FAR s'est installé à la Médiathèque Aimé Césaire de La Courneuve pour présenter l'exposition-débat "Le patrimoine vivant de la Courneuve en 2126, un futur hybride !". Cette exposition, composée d'illustrations et de récits, a permis aux participants de partager leurs rêves pour la ville de demain.
Information rédigée à partir de la source officielle : Plaine Commune (28/09/2026)